
Une fille, quand elle tombe amoureuse, elle préfère se garder de l’avouer. Au moins au début. Au moins à celui qui apparaît dans ses pensées sans qu’elle ne puisse le maîtriser.
Alors au début, elle rêve. Elle se dit que ça doit être bien de se trouver avec lui, tout simplement. Elle espère qu’un jour, il calquera ses songes sur les siens. Elle voudrait qu’il la regarde comme elle l’a imaginé.
Quand elle est certaine d’être amoureuse, une fille peut parfois parler. Lui parler. Lui faire comprendre. Elle pourra plus vite oublier, remplacer, accéder ou embrasser. Parfois.
Quand elle est certaine d’être amoureuse, une fille peut aussi ne rien dire. Alors ça dure. Elle attend. Elle espère encore. Elle se conforte dans sa situation d’éternelle pensive, de perpétuelle patiente. Comment savoir si c’est possible sans ne rien laisser paraître ? Le test. Les discussions. L’observation. Et l’analyse.
Une fille voudrait être certaine avant de se dévoiler, avant d’oser, avant de laisser parler son « secret ».
Parfois ça dure encore plus. Et quand ça dure encore plus, les tests, les discussions, les observations ne servent plus à rien. Elle analyse un peu dans le vide en faisant tourner dans son esprit tout ce qui y a déjà germé. Elle tente de se rapprocher de LA solution la plus probable, de l’échappatoire la moins floue. Elle collectionne dans sa mémoire tous les mots importants que celui qui torture ses pensées a prononcé.
Les mots, les paroles, les bribes de phrases, les interrogations et les exclamations, les élocutions conclues de points de suspension, les réponses, les gestes, les regards, les attentions et les détournements, tout ce qui fait qu’elle cherche dans sa tête un début d’éclaircissement. Une envie de savoir et de désir de décortiquer le cerveau de l’autre pour posséder ce qui s’y loge.
Et ça dure encore et encore… De toute façon, s’il avait aimé, il l’aurait dit ! Mais au fond, pourquoi l’aurait-il fait si elle-même ne se dévoile pas ? Comment savoir si un homme régirait de la sorte ? Une fille quand elle est amoureuse, elle espère forcément. Est-ce qu’un homme peut lui aussi espérer autant de temps ou est-il si différent qu’une fille pourrait le penser ? Mystère… En tout cas, s’il n’y avait pas d’espoir, une fille ne se poserait pas autant de questions.
Mais quand cet espoir est rompu, une fille a mal. Parfois beaucoup. Parfois longtemps. C’est une chose qu’une fille ne peut pas contrôler encore une fois. Ce n’est pas plus de sa faute si elle souffre que d’être tombée amoureuse de Lui. Mais même si cette aspiration brisée fait mal, elle provoque aussi l’effet inverse. C’est grâce à lui qu’une fille peut se reconstruire. Elle tire un trait sur cet amour rêvé, peut-être même idéalisé. Elle tourne la page des sentiments abstraits. Elle raye progressivement de son espace « tendresse » celui qui la laissait dans l’attente d’être enfin prise dans des bras, d’être remarquée et choyée, d’être écoutée et toisée. Elle tente de se tourner vers un nouvel inconnu (ou pas), où elle pourra enfin trouver ses réponses et où elle ne risque pas de rester une amoureuse transie.